Ousseynou Sadio, rapatrié des USA : cahier d’un «amer» retour au pays...

Ousseynou Sadio, rapatrié des USA : cahier d’un «amer» retour au pays natal (PORTRAIT)

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Ousseynou Sadio, rapatrié des USA : cahier d’un «amer» retour au pays  natal (PORTRAIT),


Ousseynou Sadio, rapatrié des USA : cahier d’un «amer» retour au pays  natal (PORTRAIT)

C’est après avoir patiemment mobilisé près de 7 millions que Ousseynou Sadio a entrepris son voyage, en 2014 aux, États-Unis. Malheureusement cet investissement aura été une perte énorme. Un jeu de poker  qui marquera à jamais sa vie. Après un séjour anormalement long de deux ans dans un centre de  rétention, Ousseynou avait l’espoir de se rendre au cœur de la grande Amérique. Mais ce fut un espoir trahi, un rêve brisé. En effet, en 2017, il sera rapatrié des États-Unis avec ses compagnons d’infortune. Et pourtant, c’est au prix d’un chemin digne d’une odyssée d’Ulysse qu’il était arrivé aux portes de l’Amérique via le Sud puis le  Centre. Seulement, 3 ans après ce rapatriement, sa détermination est encore vive. Ce retour forcé dans des conditions indigne ne dissuade ce quadragénaire. Tout est question de «moyens» D’ailleurs certains de ses amis rapatriés ont déjà rejoint d’autres destinations :  France, Espagne, Brésil, etc. Cahier d’un amer retour au pays natal.

D’une vie meilleure qui n’en rêve pas, à moins de n’être en possession de toutes ses facultés mentales et intellectuelles ? C’est une aspiration légitime. D’une vie meilleure, Ousseynou Sadio (38 ans), en a rêvée et s’est donné les moyens de réaliser ses ambitions. A cette fin, Ousseynou  a pris le chemin des Amériques, alors que sa vie à Dakar n’était pas des pires ou des moins enviables. Loin de là. Régulièrement recruté à La Sénégalaise de l’Automobile, le jeune natif de la Casamance avait un revenu mensuel de 150.000 F CFA avec une prise en charge sociale complète. Il y a travaillé pendant 9 ans. Comme il avait son projet de voyage, il s’évertue progressivement à épargner jusqu’à 5 millions.  Ce pactole obtenu, Oussyenou va tout plaquer pour prendre le chemin de l’aventure.  D’autres avant lui ont tenté l’émigration et  semblent avoir réussi le coup puisque leurs réalisations sautent à l’œil : érection d’imposantes bâtisses, amélioration des conditions de vie des leurs, auto de rêve , etc. Titillé par ces compatriotes Ousseynou  avait mille et une raisons, lui aussi, de se lancer. Sauf que chacun à son étoile.

Aîné de la famille, Ousseynou Sadio avait conscience que le droit d’aînesse lui confère certains privilèges certes. Mais il n’en n’est pas moins conscient que cette position lui impose aussi des devoirs : aider sa famille et assumer le rôle de chef de famille à un moment donné. Ce serait en quelque sorte assumer la plénitude de son devoir d’aînesse. Bien entendu, Ousseynou avait toujours aidé sa famille avant son projet de voyage, mais il rêvait de faire davantage pour les siens. Fort de ce désir, il avait cédé aux sirènes de l’émigration.closevolume_off

C’est ainsi qu’un jour de 2014, il abandonne tout, prend son billet. Embarquement immédiat au Brésil. Mais sa destination finale, c’était l’Amérique de Barack Obama. Au Brésil, il  a dû marquer une pause. Puis il réussit à obtenir «du travail dans un marché». Ousseynou y travaille pendant deux ans et réussi à faire quelques économies. Malgré la vue réjouissante du Brésil « la belle vie» comme il le dit, il n’a eu aucune tentative de s’y incruster. «On n’est pas venu pour la belle vie, on est venu chercher de l’argent». Sao Paulo, la métropole brésilienne n’est pas son terminus. Son but ultime, c’est remonter le Nord du continent. Ousseynou Sadio sait qu’il existe une filière de l’émigration clandestine via l’Amérique centrale. Filière qui a permis aux Latinos, Chinois et autres Africains de rejoindre la Grande Amérique que lui aussi vise comme le dit-il. Persuadé que qui ne risque rien n’a rien, Ousseynou s’autorise tous les risques. Il décide donc de poursuivre sa pérégrination vers les États-Unis. Il traverse tour à tour l’Équateur, le Costa Rica, le Panama, le Honduras, puis le Mexique, dernier pays avant la réalisation de son rêve. Mais le suspense ne durera pas longtemps. La frontière mexicaine franchie, voici Ousseynou Sadio en territoire étasunien. Sauf qu’il ne verra pas l’Amérique dans sa grandeur et sa splendeur, dans sa magnificence et son gigantisme à travers les tours  qui culminent à des dizaines, voire des centaines de mètre au-dessus de sa tête.

Être aux États-Unis sans y être vraiment !

Aussitôt arrivé, illico cueilli par la police des frontières, puis jeté dans un camp de rétention. Alors même que traversant les différents pays de l’Amérique centrale, il a été comme d’autres malmené, racketté, grugé le long des frontières par des passeurs sans scrupule et autres bandes criminelles. Dans le camp de rétention, légalement, on n’y passe pas plus de 10 jours, faute de quoi le détenu peut intenter une action en justice pour être tout simplement libéré au pays de l’Oncle Sam, selon lui. La décade passée, Ousseynou avait grand espoir d’être libérer afin de s’installer dans le pays. Sauf qu’un an auparavant, un certain Donald Trump est élu président. Et quelques mois plus tôt, son successeur avis pris une décision de reconduite aux frontières de certains émigrés. Au lieu de 10 jours, finalement Ousseynou y passera banalement deux ans dans le centre de rétention. Mais jusque-là, il reste confiant qu’un jour il finira par être libéré afin de faire sa vie aux USA, même si le délai de détention est très largement au-dessus de la norme.  Ce jeune athlétique et de taille moyenne  se nourrissait encore de cet espoir quand brusquement les choses tournent autrement. Fin de rétention certes, mais pas de libération en territoire américain.

Un beau mensonge comme calmant?

Un jour de févier 2017, Ousseynou apprend qu’en vertu d’un d’accord passé entre Dakar et Washington, ses compatriotes et lui devront rentrer au Sénégal avec une indemnisation de 25.000 dollars US (environ 15 millions FCFA) chacun, payable une fois à Dakar. Mais s’il avait le choix, ils préfèreraient rester aux USA que de rentrer au pays avec cette indemnisation supposée. D’ailleurs dans l’avion, Ousseynou Sadio  raconte que ses camardes et lui étaient attachés, pieds et mains liés, puis attachés aux sièges. Pour manger pendant le vol, il explique qu’ils devraient  se comporter comme des manchots. Pour faire leurs besoins, ils sont accompagnés dans les toilettes. C’est dans ces conditions que Ousseynou Sadio dit être «déporté» au Sénégal avec 136 de ses compatriotes. Si lui n’a passé que 2 ans aux USA quoiqu’en détention, certains de ces compatriotes ont été longtemps au cœur de l’Amérique. Quelques-uns ont même passé des décennies et auraient des pièces d’identité américaines. Sauf qu’ils avaient commis des infractions diverses. D’ailleurs, il seraient extraits. Avant de les rapatrier ceux-ci, ont été aurait dépossédés de leurs pièces d’identité américaines avant cette reconduite des frontières musclés. Ils sont tous simplement victimes de la déchéance de la nationalité. Une expression qui fait débat pendant longtemps dans l’Hexagone.

La décision d’expulsion est de Barack Obama

Pour mémoire, Donald Trump avait promis, en 2016 pendant la campagne électorale qu’une fois élu président, il expulserait 2000 émigrés clandestins africains du pays dont des Sénégalais. C’est le passage à l’acte de cette volonté politique qui a abouti au rapatriement de Ousseynou et Cie. Mais c’est surtout la mise en application d’une «mesure  prise sous l’administration Obama» quelques mois avant l’élection de Donald Trump. «Des mesures d’expulsions qui remontent au mois de juin 2016 ont été officiellement notifiées au Consulat Général du Sénégal à New York et à l’Ambassade du Sénégal à Washington».Ousseynou Sadio et ses amis sont donc reconduit au Sénégal avec la bénédiction du gouvernement. Ils sont rentrés au bercail sans le sou avec une promesse mirobolante qui semble être une face de mauvais goût. En effet, un imbroglio demeure autour de l’indemnisation supposée à laquelle ils aspiraient Ousseynou Sadio et ses camarades. Ils disent les USA ont déloqué des indemnisations pour ce retour forcés, mais l’État du Sénégal rejette l’information. L’ambassade des USA, elle aussi dément.«L’ambassade des États-Unis au Sénégal dément catégoriquement qu’un paiement ait été accordé aux citoyens sénégalais qui ont récemment été rapatriés, ni au gouvernement sénégalais», lit-on dans un communiqué publié par l’ambassade étatsunienne à Dakar en réaction aux revendications de Sadio et Cie qui soutiennent mordicus que l’État a confisqué leur dû pour son compte.

L’État a-t-il volé l’argent de ses enfants ?

Manifestement c’est pour éviter ou amoindrir l’agitation en plein ciel que les Américains leur ont  fait miroiter une hypothétique indemnisation de 25.000 dollars. Mais quand ils découvrent le pot aux roses, les carottes sont déjà cuites. En effet une fois venu Ousseynou et ses camarades ont vainement réclamé l’indemnisation supposée. Dans la foulée, ils se sont constitués en association pour défendre leurs droits. Des conférences de presse et autres sorties médiatiques se sont enchainées. Ousseynou est porté à la tête de l’association, Collectif des sénégalais rapatriés des Etats-Unis. Me El Hadji Diouf est choisi comme l’avocat du collectif. Ousseynou et ses camardes réclament la tête de Mankeur Ndiaye, alors ministre des Affaires étrangères, celle du Consul général du Sénégal à New-York, El Hadj Ndao et celle de l’ex-directeur des Sénégalais de l’extérieur, Sory Kaba.

«Nous lui (Mankeur Ndiaye) demandons tout simplement de nous rendre nos sous afin que nous puissions aller travailler. Nous ne connaissons ni le vol ni le mensonge. Parce que, dans l’avion, les Américains nous ont dit que chacun de nous aura un montant de 25 000 dollars (environ 15 millions de francs Cfa) en guise d’indemnisation», avait déclaré Ousseynou Ndiaye lors d’une conférence de presse. Ousseynou répondait ainsi au communiqué de Mankeur qui expliquait que le Sénégalais expulsé était coupable de délits divers.

«Le ministre a dit que nous sommes des criminels et c’est pourquoi nous avons été expulsés. Je précise que nous ne sommes pas des criminels. Il n’y a aucun criminel parmi nous. Nous sommes des innocents. Nous sommes des jeunes sénégalais qui avons décidé d’émigrer pour avoir une vie meilleure et aider nos parents. Il est en train de salir notre image à travers la presse. Et nous n’allons pas l’accepter», s’indigne Ousseynou Sadio. Dans leur combat, ils étaient accompagnés par l’avocat Me El Hadj Diouf qui sait bien faire du boucan. Mais depuis quelque temps il ne se passe rien. Entre temps Ousseynou qui a une urgence  a rejoint la Casamance.

Certains de ses camarades ont repris chemin pour partir soit en France, en Espagne ou au Brésil. Mais Sadio, lui avait déclaré, il y a 3 ans qu’il n’a plus aucune envie de repartir, qu’il comptent s’investir dans son pays dans un secteur comme l’aviculture. Mais que les moyens lui manquaient cruellement. Recontacté pour savoir où il en était, sa position a clairement évolué. Rester ne semble plus une option viable pour lui. Bien qu’il ait entrepris une petite activité entre Dakar et Ziguinchor où il est basé depuis un an pour être au chevet de son père malade. A la question de savoir s’il veut vraiment reprendre la route malgré tout ce qu’il a vécu sa réponse est : « Si j’ai les moyens… ». Puis il ajoute. «Il n’y a rien ici mon frère». Dans sa communication Sadio préfère parler de «déportation» plutôt que de «rapatriement» que préfèrent les autorités. Sadio avait été à l’école jusqu’en 4è avant d’abandonner pour se lancer dans la vie active. Si ses autres camarades d’infortune, ont bénéficié de l’apport des membres de leurs familles respectives pour payer leur voyage, Sadio lui avait financé son voyage sur fonds propre.

Les agneaux du sacrifice veulent s’immoler par le feu

Très médiatisé dans le cadre de la réclamation des indemnisations supposées, pour faire pression sur les autorités, Ousseynou et ses camardes menacent de se faire brûler vifs devant les grilles du palais, une pression qui n’a toutefois pas fait bouger les autorités. «Qu’il nous reçoive en audience et qu’il règle cette affaire de compensation. C’est 25 000 dollars soit plus de 15 millions de F CFA. Autrement, nous allons nous immoler par le feu devant les grilles du Palais un par un. Qu’il interdise la vente d’essence dans des bouteilles ne sert à rien puisque nous avons déjà stocké notre propre carburant», déclare-t-il lors d’une conférence de presse au siège d’Amnesty international en brandissant une boîte d’allumettes, dans une harangue qui met en ébullition la petite salle de réunion. Ousseynou accuse les autorités de Dakar d’avoir sacrifié les Sénégalais  en signant l’accord de rapatriement tandis que les Africains ressortissants d’autres pays avec qui ils ont fait le chemin sont encore au pays de l’Oncle Sam. «Le ministre des Affaires étrangères n’avait qu’à ne pas s’en mêler puisqu’il a déclaré qu’on était des sans-papiers. Les Américains ne nous auraient jamais refoulés dans ce cas. Les Burkinabè avec lesquels on fait la filière sud-américaine jusqu’aux USA y sont toujours. Pourquoi nous avoir sacrifiés ?» dénonce Sadio.

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