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Des nuits aux Almadies et ses parages. Dans l’univers des otages de la belle vie et des coins chauds. Entre restaurants, bars et hôtels, les fêtards y trouvent leur compte souvent à côté des filles capables de peupler leurs rêves érotiques sous l’autel de quelques billets. Une grande affluence qui fait aussi le bonheur des petits commerçants.

Dakar n’est pas Cancun ni Las Vegas, mais elle a ses beaux coins. Rythmés et prisés, ils attirent les fêtards pour des moments de folie entre les restaurants, les hôtels et les boîtes de nuit. Une ambiance nocturne loin des préoccupations diurnes. Du rond-point virage aux Almadies, en passant par Ngor, une ambiance de fête prévaut. Sous l’effet des lampadaires d’où jaillit une lumière jaune, cet axe attire et reçoit du monde. De loin, on apprécie les jeux de lumière devant un hôtel. Un véritable arc-en-ciel qui fait le bonheur des yeux. Le temps est beau, le vent frais et la brise de mer séduisent les âmes. Les trottoirs sont empruntés par des hommes et ou des femmes qui profitent du début du week-end pour se détendre et finir avec les tracasseries et soucis de la semaine. Sur un air de vacances, les noctambules se défoulent, défilent et déroulent. Au milieu de la nuit, les embouteillages prennent une trêve sur l’axe Ngor-Almadies. Le trafic est fluide, une occasion pour les chauffeurs de rouler à vive allure afin de rattraper le temps perdu. Pour lever le pied une fois au rond-point des Almadies. Mesures sécuritaires obligent. Les agents de sécurité procèdent à une fouille minutieuse de certains véhicules. Une dizaine d’éléments, torche à la main, fait le tour des voitures contraintes au stationnement. Les autres attendent l’alerte derrière deux pick-up bleus. Après l’obstacle sécuritaire, les bouchons reprennent de plus belle. En face, la brioche dorée refuse du monde. Entre promenades, détentes et virées nocturnes, les gens sont là au rythme de l’ambiance gaie. Assis confortablement même en plein air pour que rien ne leur échappe. «Tous les vendredi soir, c’est comme ça. On profite de l’ambiance du début de week-end. Je profite de la fraîcheur. Je fréquente les restaurants avec mes amis. On s’amuse, on se détend pour se départir de la fatigue de la semaine», s’enthousiasme Abdou Mbow, d’un grand sourire, le visage heureux. Jean bleu, assorti d’une chemise blanche, la tête bien coiffée (dégradée), l’adolescent au teint noir aime se balader entre amis dans cette zone mondaine et festive. Il est 1 heure du matin passée, mais on a l’impression d’être en milieu de journée, les gens vaquent à leurs occupations loin des nuits colorées du mois de décembre. «J’aime me promener entre les Almadies et Ngor pour profiter des vacances. L’ambiance est belle dans ces quartiers chics en compagnie de mon homme. Nous avons notre restaurant préféré qui nous accueille à chaque fois que nous décidons de sortir. Franchement, c’est la détente, la belle vie entre l’ambiance des rues et les restaurants de grande classe», dit Aïcha. Elégante avec sa courte robe qui laisse découvrir la peau claire de ses cuisses et un greffage qui lui arrive au dos. La demoiselle aime admirer les rues de la ville du haut de la terrasse. «C’est fascinant de vivre l’ambiance du week-end en étant sur la terrasse. C’est notre endroit préféré. Je monte de ce pas», lance-t-elle avec un sourire qui dévoile une si jolie dentition. L’horloge tourne, la ville devient de plus en plus rythmée. Cette fois, c’est l’axe rond-point-Almadies-rond-point Tigo qui est le point de convergence. Malgré l’heure tardive, contrairement à Ngor, le trafic n’est pas fluide. Les véhicules, composés en majorité de particuliers, roulent lentement. Il faut beaucoup de temps pour parcourir une si petite distance. Une situation qui s’explique par la concentration de plusieurs boîtes de nuit, hôtels et restaurants. Le cadre est harmonieux. C’est le show. La tension monte avec la musique à rythme variant distillée par les haut-parleurs des différents lieux de détente et de dégustation d’aliments succulents. Mêlés aux klaxons intermittents des chauffeurs pressés de sortir de ce capharnaüm, c’est l’extrême vacarme. Les oreilles en pâtissent. Les yeux aussi. Ils supportent mal les jeux de lumières devenus plus piquants, servant à identifier les différents complexes. Ils y voient de toutes les couleurs avec toutes les peines du monde.
Devant les boîtes de nuit, c’est l’affluence. Des hommes et des femmes. La plupart sont des jeunes. Désirant passer une nuit de fête, des heures inoubliables dans des salles en son et lumière, ils sont élégants, mais pas décents. Du côté des filles, les robes et les pantalons déchirés sont les tenues choisies. Quant aux garçons, ils sont pour la plupart vêtus de jeans prêts du corps et chemises. Des Sénégalais aux étrangers même si la couleur de la peau est différente, l’objectif est le même, s’épanouir dans l’ambiance et la chaleur jusqu’au petit matin. «Je suis un blow man (bon viveur). J’aime profiter de la belle vie avec les soirées Vsd (vendredi, samedi, dimanche). Dans une ambiance énorme. J’ai quitté Grand Yoff rien que pour profiter de la chaleur nocturne des Almadies. Et je compte rentrer à 5 heures du matin. Vous voyez», s’exclame Jean, paré d’une chemise bleue qui lui colle à la peau, cigarette à la main. En attendant de découvrir l’ambiance qui est à l’intérieur, le défilé continue.

Le chaud show dans les discothèques
Il est 2 heures passées. L’ambiance monte d’un cran. Les gens viennent de plus en plus, en majorité les filles avec leurs jupes ou robes courtes. Ils se sont rapprochés de la porte d’entrée d’une des plus célèbres boîtes de nuit. Pour y accéder, les filles présentent leur carte d’identité. Pour les hommes, il faut décaisser 3 000 francs et porter des chaussures de ville. Une fois à l’intérieur, cette somme peut être échangée avec de la boisson sucrée ou alcoolisée. Le portail franchi, un long et étroit couloir accueille les nombreuses personnes désirant se détendre. Au bout, une salle pleine à craquer où les gens évoluent avec un éclairage insuffisant, ils s’y plaisent. Dans cette folle ambiance, ils se déchaînent et suivent leur passion, parfois leur instinct. Des gestes et postures érotiques. Tout semble permis, même ce qui est interdit. Le nez, les yeux, l’ouïe, ils en ont terriblement. La fumée émanant des cigarettes vole de partout. Avec le volume et le bruit, les paroles deviennent assourdissantes, la musique encombrante. Avec une odeur que seuls les habitués peuvent supporter. Ceux qui sont moins euphoriques se plaisent autour des tables bien garnies par des bouteilles et des verres. Il y a plus de filles que de garçons. Epoustouflantes et charmantes. Leurs tenues attirent les hommes les moins féroces. Il n’y a pas que des Sénégalaises. Il y a aussi des filles à la peau blanche avec un accent arabe ou occidental, ivres de joie. Assises face à face. Elles discutent difficilement

Le business du sexe : le courtage
La débauche marche à merveille dans ce secteur. Les professionnelles du sexe sont très présentes, surtout le week-end. C’est l’endroit idéal pour rentrer avec un portefeuille plein. Des moments de folie, de jambes en l’air pour quelques billets. Elles sont nombreuses avec des stratégies différentes. Certaines préfèrent les tables des bars en attendant les rôdeurs pour discuter, marchander, craquer et se fondre dans la nature pour des minutes de satisfaction. C’est le high class. Elles ont des lieux particuliers qu’elles fréquentent depuis des années. Avec une clientèle souvent figée. «C’est par catégorie. Les belles dames ne s’adressent pas à n’importe qui. Elles garent leurs véhicules ou descendent des taxis et regagnent aussitôt les bars et autres complexes. Elles sont les Vip du métier, elles sont belles, discrètes et aisées. Le plus souvent, elles ne s’adressent qu’aux grands patrons, capables de dégainer. Il faut du fric pour les enrôler», confie Ndiaye en montrant du bout des doigts les véhicules garés à côté.
D’autres guettent les hommes dehors. Dans cette rue grouillante à côté des hôtels, restaurants et dancings, elles se pavanent sur les trottoirs. Les hommes ont le choix. Les formes varient, les tailles aussi (les tailles fines, les driankés etc.). Leur façon de se vêtir laisse découvrir les courbes de leur corps pour devenir plus attrayantes. Et ne manquent parfois pas à aborder les hommes. L’une d’elles porte une robe noire qui ne cache que ses fesses. Avec ses talons, elle marche doucement et lentement. Une démarche bien harmonisée avec la danse de ses hanches qui vont d’un flanc à un autre. Interpellée, la dame au teint clair a un regard sévère. Ses réponses sont sèches. Elle n’a pas le temps pour bavarder. «La passe, c’est à 30 mille F Cfa», déclare-t-elle en regardant de l’autre côté. Avant d’accepter : «Il faut au minimum 10 mille francs et c’est à vous de payer le taxi», lance-t-elle sans sourire.
Des courtiers du sexe, il en existe aussi. Ce sont des hommes qui aident ceux qui n’ont pas l’habitude de fréquenter les parages à se trouver une bombe avec un pourcentage (selon la somme convenue avec la fille). Ils entretiennent des relations avec des filles de joie. Debout à côté d’une boutique, Ismaïla Ndiaye propose son aide. «Il faut être prudent. Certaines femmes donnent des somnifères à leurs clients pour emporter ensuite leurs affaires. Je peux vous mettre en rapport avec une fille zen.» D’un geste de la main, elle appelle une certaine Eva. Une très jeune fille. Agée de 19 ans. Elle n’est pas belle du tout. Teint noir, une petite culotte bleue ciel, body noir. Elle n’est pas difficile et cède rapidement à 10 mille francs. C’est à l’homme de choisir entre l’hôtel et son domicile. Le drame avec cette fillette est qu’elle se prostitue pour aider sa famille. Elle ne s’en cache pas, elle fait le boulot sous le regard impuissant de certains membres de sa famille. Un handicapé, une femme couchée avec des enfants derrière les vendeurs de chaussures à côté du trottoir. Après avoir proposé 2 000 francs pour s’en débarrasser, la jeune fille retourne s’asseoir près des siens. En attendant un autre capable de lui proposer plus.

Des courtiers du sexe, il en existe aussi. Ce sont des hommes qui aident ceux qui n’ont pas l’habitude de fréquenter les parages à se trouver une bombe avec un pourcentage (selon la somme convenue avec la fille). Ils entretiennent des relations avec des filles de joie. Debout à côté d’une boutique, Ismaïla Ndiaye propose son aide. «Il faut être prudent. Certaines femmes donnent des somnifères à leurs clients pour emporter ensuite leurs affaires. Je peux vous mettre en rapport avec une fille zen.» D’un geste de la main, elle appelle une certaine Eva. Une très jeune fille. Agée de 19 ans. Elle n’est pas belle du tout. Teint noir, une petite culotte bleue ciel, body noir. Elle n’est pas difficile et cède rapidement à 10 mille francs. C’est à l’homme de choisir entre l’hôtel et son domicile. Le drame avec cette fillette est qu’elle se prostitue pour aider sa famille. Elle ne s’en cache pas, elle fait le boulot sous le regard impuissant de certains membres de sa famille. Un handicapé, une femme couchée avec des enfants derrière les vendeurs de chaussures à côté du trottoir. Après avoir proposé 2 000 francs pour s’en débarrasser, la jeune fille retourne s’asseoir près des siens. En attendant un autre capable de lui proposer plus.

Les vendeurs de cartes et de chaussures se frottent les mains
Les balades nocturnes ne sont que bénéfiques pour eux. Leur petit commerce marche à merveille. Ils ne se soucient guère de l’heure qu’il fait. Seul le gain les intéresse. Les vendeurs de cartes de recharge se faufilent entre les véhicules pour écouler leurs produits. Ils travaillent au rythme de la ville. Casquette noire bien vissée sur sa tête, tee-shirt noir, Laye a un petit tableau sur lequel on peut lire «Promotion 200 %». Autour de la ceinture est suspendu un grand portefeuille noir. L’originaire de Gandiaye fréquente depuis plus de deux ans ces lieux jouissifs. «Je viens ici toutes les semaines, surtout le week-end .Ce lieu est très fréquenté la nuit, on ne sent pas le temps passer. Je m’en sors bien. Je parviens à me faire des bénéfices avec la vente des cartes de recharge», déclare-t-il. En partant, le jeune homme lance avec un large sourire «goudi gi Almadies dafay fay» (la nuit, le commerce est rentable aux Almadies).
Les vendeurs de chaussures aussi ne sont pas en reste. Le week-end aux Almadies est une magnifique opportunité pour se tirer d’affaires. Sous le reflet de la lumière de l’enseigne d’une célèbre boîte de nuit, Birame Mbaye est debout sur le trottoir. Il profite de l’ambiance du coin tout en gardant un œil sur sa marchandise. Sur un grand sac blanc sont étalées des chaussures de femmes de divers modèles avec des couleurs variantes. Birame habite à Guédiawaye. Il n’hésite pas à venir ici pour faire son petit commerce jusqu’au petit matin. «En me voyant ici la nuit, beaucoup de gens se posent des questions. J’ai choisi cet endroit, car il y a une dizaine de dancings, des restaurants. Au Sénégal, on aime la belle vie. Ils viennent ici en masse, surtout le samedi. Je m’en sors très bien», déclare-t-il. Vêtu d’un débardeur bleu, le commerçant entretient de bonnes relations avec sa clientèle. La plupart des filles prennent le temps de le saluer ou lui souffler des mots à l’oreille avec une grande proximité corporelle. «Elles sont mes amies et mes clientèles. Je les connais bien. Nous sommes très proches, parfois même je donne des chaussures à crédit. Avec ce commerce, je gagne de l’argent et je tisse des relations.» Un double gain. Non loin de lui, son jeune frère. Lui s’occupe des chaussures pour hommes. Contrairement à son frère, il est moins convoité. «Les produits pour femmes marchent mieux la nuit .Vous connaissez bien les filles, elles aiment se faire belle. Les rares hommes qui achètent n’ont pas l’habitude de fréquenter ce lieu. Il est interdit d’entrer dans cette boîte avec des sandales. On impose des chaussures fermées», affirme-t-il.

Les taximen aussi
Ils font plusieurs courses et s’en sortent bien. Les taxis sont nombreux sur cet axe. A côté du trottoir, certains font un long fil, d’autres déposent des clients. Les chauffeurs sont à l’affut pour ne pas repartir bredouille. Ils n’hésitent pas à sortir leur tête pour aborder les gens qui passent. «Je ne regrette pas de venir aux Almadies la nuit. C’est facile de repartir avec des clients. C’est la destination préférée de plusieurs jeunes. En une nuit, on peut gagner beaucoup d’argent, surtout vendredi et samedi. Même si nous souffrons avec les embouteillages, nous parvenons à gagner notre vie», affirme Adama Diouf, vêtu d’un boubou traditionnel jaune, assorti d’un bonnet noir. Le taximan garé à côté de lui n’est pas aussi enthousiaste que lui. Cet homme estime que son chiffre d’affaires est en baisse par rapport aux autres années. La concurrence est passée par-là. «Beaucoup de chauffeurs de taxi ont maintenant compris. Ils viennent tous aux Almadies le week-end. De ce fait, la concurrence est rude .Vous voyez, les taxis sont même plus nombreux que les particuliers. Nous rendons grâce à Dieu, mais nous ne gagnons plus comme avant», conclut cet homme qui veut garder l’anonymat. Mais il n’y a pas d’anonymes aux Almadies
lequotidien.sn

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